1.CHAMBRE. INTERIEUR LEVER DE JOUR.

Une chambre où quelqu’un dort. Un rai de lumière entre dans cette petite chambre obscure. Imperceptible soleil. Quelqu’un dort et se réveille tout doux. Le nombril, découvert, ressemble à un œil ouvert.  

 

 

2. ETABLE. INTERIEUR LEVER DE JOUR.

  

Dans une étable, des vaches endormies. Des vaches rousses, presque rouges, des Salers, dans cette étable sombre. C’est l’heure de la traite du matin et du semi-sommeil.

Céleste branche la radio. Les mauvaises nouvelles du monde, la chaleur des bêtes, la lumière naissante  remplissent cette sorte de grotte, de refuge pour humains.

Céleste a vingt ans, une grâce particulière, un corps contrasté, quelque chose de masculin dans la découpe de sa silhouette et dans ses gestes, un visage enfantin, la peau laiteuse. Rien dans ce corps ne sera lisse, facilement lisible.

Céleste passe de l’une à l’autre de ses bêtes, les caresse, les touche, les palpe, verse le lait dans un bidon de fer.

Les veaux têtent leur mère, amorcent la montée de lait, puis sont retirés du pis et attachés à l’une des pattes de leur mère. Ils sont résignés, patients, les mères lèchent leur petit.

Les machines de traite font un léger bruit de coeurs qui battent.  

Céleste a posé sa tête sur le flanc d'une vache patiente et douce. Elles se câlinent toutes les deux. La tendresse de deux soeurs. Deux confidentes. Céleste rote.

 

Céleste (à la vache)

Pardon.

Elle bâille si fort que ses yeux se mouillent.

  

3. CHEMIN. EXTERIEUR JOUR.

  

Couleurs et lumières d’été, ciel bleu profond et paysage grillé par la chaleur. Les vaches se dirigent, libres, vers un pré immense. Se découvre à perte de vue le paysage du Cézallier, ses formes rondes et montagnardes, ses prairies d’estives désertes et pelées.

Le troupeau passe, tranquille, nonchalant, cloches au vent. Céleste le suit, un détecteur de mêtaux posé sur l’épaule

 

Céleste fait passer son détecteur d'un côté à l'autre du chemin. Lorsque sa machine émet un son plus long, elle s'arrête, se baisse et gratte la terre. Elle y trouve, petits trésors précieux, des bouts de ferraille qu'elle glisse sans les regarder dans la poche de sa combinaison.

  

Soudain, l'imperceptible ronron d'une voiture qui s'approche. Elle n'a pas besoin de se retourner. Elle reconnaît le son de la voiture. Son sourire éclate, confiant.

Vient se garer sur le chemin la voiture jaune du facteur.

  

4. PRAIRIE. EXTERIEUR JOUR.

  

Céleste et le facteur cueillent des framboises sauvages sur un chemin qui monte et qui découvre une colline ronde. Ils sont joyeux.

Céleste et le facteur font l'amour dans la prairie qui domine le paysage. Les rondeurs de leur corps se fondent avec la forme des montagnes.  

Le facteur a le double de l'âge de Céleste. Il a du charme, c’est sûr, mais on sent au fond de lui-même une certaine tension qu’il aimerait camoufler.

Céleste a deux framboises plantées au bout de ses tétons. Le facteur les mord.

 

Céleste

J'attends quelque chose.

Le facteur (étonné)

Quoi donc ?

Céleste (secrète)

Quelque chose.

Le facteur

Quoi ?

Un temps, elle hésite, elle n’ose pas.

Céleste

Rien. Je le dirai demain.

Le facteur fixe le paysage, ouvert et étonnamment calme.  

Le facteur

J’aime bien quand tu parles pas.

Il l’embrasse entre les deux seins.

  

Le facteur

J’aime bien quand on se dit rien.

  

Céleste sourit, vaguement intriguée par la réflexion de son amant. Lui regarde ses mains rougies par le jus des framboises.

  

5. SALLE A MANGER. INTERIEUR NUIT.

 

Céleste et son père, un homme rablé, mal fagoté, nettoient consciencieusement avec des chiffons les trouvailles du jour : une balle en cuivre, quelques vieilles pièces...  

Derrière eux, un meuble-vitrine fait de bric et de broc où est exposée leur collection de trésors : des fers à cheval, des casques de soldats, des brides de ceinturons, des pièces de monnaie... Des étiquettes écrites d’une main peu sûre : à côté du casque de soldat, l’étiquette “ Casque ”, à côté des pièces de monnaie, l’étiquette “ Pièces ”, à côté d’une vague plaque métallique, un gros point d’interrogation,..

  

Céleste ouvre la porte en verre pas très solide pour y déposer un objet nettoyé.  

Le père

Mets pas tes sales pattes là-dessus ! Touche pas à ça ! C’est MON meuble. C’est moi qui fait. Tu vas encore tout déranger ! Toi tu fouilles et moi j’expose ! Chacun sa spécialité, bon dieu ! C’est pas une tête que t’as, c’est de la caillasse !

Céleste

Oh la la !

Céleste se rassoit, bougonne, et se remet au nettoyage. Silence dans les rangs. Son père a du mal à déchiffrer une vieille capsule de bouteille.  

Le père

Qu’est-ce tu lis là-dessus ?  

Céleste regarde attentivement.

Céleste

Schweppes.  

Le père

Ah, c’est bien, on l’avait pas encore celle-la. Et comment ça s’écrit ?

Céleste

Démerde-toi, puisque c’est ton meuble.

Il soupire. Elle s’est vengée.

6. CHAMBRE. INTERIEUR NUIT.

Céleste, debout face à un petit miroir à trois faces suspendu au mur, clope aux lèvres, se donne des grandes claques sur le corps. Elle s’amuse de son propre jeu.

Céleste (en murmurant, dans un amusememt d’enfant)

Tête de caillasse ! Nénés de caillasse ! Gros bedon de caillasse ! Couilles de caillasse !

7. CHEMIN. EXTERIEUR JOUR.

  

Céleste presse son troupeau vers la prairie.  

Céleste

Allez, allez, magnez-vous, j’ai quelque chose à lui dire.

Les vaches semblent comprendre son impatience et s’éloignent en trottinant. Céleste s'éponge le front. Puis guette l’arrivée de son amant. Personne. Personne. Elle s’inquète.

 

8. COUR DE FERME. EXTERIEUR JOUR.

  

Céleste attend son amant, adossée à sa grosse bombonne de lait. Personne en vue.   La voiture jaune apparaît à l’horizon. Le visage de Céleste s’éclaircit.

La voiture s’approche et vient se garer. Le visage de Céleste se fige.

Sort de la voiture, une factrice. Oui, une femme en uniforme des Postes. Une femme souriante, légèrement intimidée. Céleste la regarde s'avancer vers elle d'un oeil noir.

La factrice lui tend du courrier.

 

La factrice

Bonjour… Je suis la nouvelle factrice…

Céleste

Pardon ?

La factrice

Je suis la nouvelle factrice… Il vous a rien dit, mon collègue ? Pour sa mutation ?  

Céleste, abasourdie, secoue la tête, et regarde son courrier : la revue “ PASSION DE LA DÉTECTION”.  

La factrice (gênée)

Bon, ben, au revoir. Peut-être à demain.

Le père, caché par une porte d’étable, a assisté à toute la scène.  

 

9. LAC DE TOURBIERE. EXTERIEUR  FIN DE JOUR.

  

Céleste marche éperdue sur un chemin dégagé, celui qui mène au lac de tourbière.  Une eau sombre sans reflet. Un ciel blanc, d’un calme inhabituel.

Céleste regarde un instant le léger courant, arrêtée sur la rive. Puis elle entre dans le lac tout habillée et reste un instant figée, de l'eau jusqu'à la taille. Silence absolu.

Un héron la regarde et s’approche d’elle. Echanges de regards entre la jeune fille perdue et l’oiseau chasseur.

Plus tard, Céleste avance complètement dégoulinante, sur la rive du lac. La nuit tombe.

 

10. CHAMBRE CELESTE. INTERIEUR JOUR.

 

Le petit miroir tendu devant elle, Céleste regarde son sexe. Elle passe le miroir de droite à gauche, de haut en bas et contemple ainsi le mystère qu’elle cache entre ses cuisses.  

 

Le miroir monte sur son ventre, il s’est arrondi. Céleste prend un grand bandage et commence á s’en entourer les formes, les formes disparaîssent, son souffle est court.

 

11. FERME RENE. EXTERIEUR JOUR.

    

Céleste, suivie de René, un paysan sombre, visage marqué par son âge avancé,  arpente la cour très encombrée d’objets récupérés, de bidons, de clapiers, de pneus, de sa toute modeste exploitation, son détecteur autour du cou. Elle bougonne, René la suit sans broncher. Le détecteur reste muet. Rien dans la cour, rien dans l’étable, rien dans le foin. Ça y est, voilà l’objet convoité. Au fond d’une auge à cochons.

Céleste

V’là ta merveille.

René

Ah merci, merci ma fille.

René attrape la merveille, c'est une vieille dent dorée. Il essaie de se la recoller dans sa gencive édentée. Ça ne veut pas tenir. René sourit quand même des quelques dents qui lui restent.

Céleste

Elle est foutue ta quenotte, tu devrais arrêter de manger des trucs que t'as pas le droit.

René

Je sais.

Céleste

Qu’est-ce que tu feras le jour oú tu pourras plus rien bouffer ?

René

Ben, j’aurais plus qu’á me fouttre á l’eau.

René regarde ses godillots.

Céleste s’est éloignée, René passe le doigt sur les dents qui lui restent.

12.  COUR DE FERME. EXTERIEUR JOUR.

  

La factrice, descendue de sa voiture, se dirige vers le père de Céleste qui la regarde, souriant. Elle lui tend le journal “ La Montagne ”. Il le prend, un peu cérémonieux.

 

La factrice

Alors, qu’est-ce qu’y a à se mettre sous la dent aujourd’hui ?

Le père l’ouvre d’un geste à la page des faire-parts de décès et en lit un ou deux à voix haute. La factrice, amusée par le rituel, regarde par-dessus son épaule.  Céleste passe la tête depuis la porte de la maison. Elle les observe.

Le père

Quand je pense que le jour où vous verrez mon nom là-dessus, vous serez toujours en train  de vous amuser.

  

La factrice (étonnée de cette gravité matinale)

Et ben, c’est gai.  

Le père

Si, si, je mourrai au moins trente ans avant vous…

Un temps pendant lequel il la regarde presque comme un petit garçon.

Céleste observe toujours, tendant l’oreille.

Le père

Il y a dix ans aujourd’hui que je suis veuf.

 

La factrice

Et aujourd’hui, ça fait trente jours qu’on se connaît. On en a enterré du monde.

Le père

Ouais, on a bien travaillé.

Elle rit.

  13. PRAIRIE. EXTERIEUR JOUR.

 

Céleste est allongée à l’emplacement même où elle faisait l’amour avec son facteur. L’herbe de la prairie semble avoir gardé les empreintes de leurs étreintes. Céleste s’y niche. D’un mouvement de la main doux et tendre, elle caresse la montagne et ses formes rondes. Son manque est infini et ne se calmera jamais.

Des troupeaux de vaches paissent, la musique de cloches autour de leur cou résonne dans l’immensité du paysage. Les formes des montagnes environnantes ont épousé dans des temps lointains les coulées de lave d’un volcan puissant et désormais éteint. Céleste est ici loin de tout et au centre de son monde.

Sa main se perd dans le bleu du ciel. Puis elle se redresse d’un bond. Elle est seule, en manque, la montagne n’y changera rien.  Sa revue de la Passion de la Détection tranaille dans l’herbe.

 

Céleste (voix intérieure)

Chers amis détecteurs,

Je lis votre revue depuis plusieurs années et j’ai toujours suivi vos conseils techniques. Aujourd’hui, je vous écris car vous êtes les seuls à pouvoir m’aider. Existe-t-il un appareil pour détecter les gens qui sont partis sans rien dire? Un appareil pour comprendre les choses silencieuses ? Car je ne sais pas dire mes pensées et Pierre ne reviendra plus.

Je vous remercie et attend votre prochain numéro avec impatience.

Votre fidèle lectrice, Céleste Roussel

Mongreleix

Cantal

 

musique 17 (la caresse de la montagne)

 

14. SALON. INTERIEUR NUIT.

Le père de Céleste est assis, une serviette de toilette sur les épaules, un bol sur la tête et le journal la Montagne ouvert sur les genoux. Céleste commence à lui couper les quelques rares cheveux qui dépassent de son drôle de chapeau. Elle s’applique, il surveille les opérations dans le reflet d’un petit miroir ébréché tout en lisant son journal à haute voix.  

Le père est hilare. Céleste l’écoute, amusée, partagée.

Le père

Alors, en amour, “ des rencontres, encore des rencontres, mais le bonheur c’est quand même avec lui, il vaut tellement mieux que les autres ”. ( Il rit, il est content)

Travail, “ vous montrerez encore plus de mordant et d’esprit de décision dans le domaine des affaires… ”.

Santé : “ au top ”.

(il va bientôt s’étrangler)

Bon, à toi, Céleste. Alors, travail : “ le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. Un évènement insignifiant en apparence vous met en première ligne pour décrocher un poste convoité.

 

Céleste (un peu cassante)

Ça fait 23 ans que je te fréquente, c’est la première fois que je te vois lire.

Le père

Et alors, j’ai décidé de m’instruire.

(il reprend sa lecture)

Alors, en amour, le bonheur c'est quand même avec lui.

 

Il est heureux. Il s’ébroue, il vient de retrouver un instant sa jeunesse. Céleste jette le bol par terre.

  

 

15. ÉTABLE. INTERIEUR NUIT.

  

Céleste farfouille sur l'établi de bricolage. Trouve un vieux pot de peinture.

Elle peint en grosses lettres dégoulinantes blanches la phrase “ J’AIME CELESTE ” sur le flanc de sa vache douche et rousse. Puis elle se repose, la tête sur le dos de sa bête définitivement aimante.

  

16. ROUTE. EXTERIEUR JOUR.

La factrice, adossée à sa voiture jaune arrêtée devant un paysage ouvert et caressant, croque des framboises perchées au bout de ses doigts. Elle rigole.

17. FERME RENE. EXTERIEUR JOUR.

 

Céleste déchiffre une écriture presque enfantine sur un carnet couvert de tâches “ le carnet des menues ”. René, assis à ses côtés, boit ses paroles.  

Céleste

Le cahier du temps où t’avais des dents, René.

René sourit comme plongé dans un bonheur passé.

Céleste va lire quelques menues de mariages.

Céleste

Alors, pour mon baptême, en entrée, vous avez boulotté des bouchées á la reine, terrine de sanglier, du saumon sauce citron,..

René

Et pour ta communion ?

Céleste tourne quelques pages du carnet.

Céleste

Alors, pour ma communion, filet de sole sauce meunière, cuissot de chevreuil...

René

Et pour le mariage de ta mère ?

Céleste

Alors, pour le mariage, petits pois á la française, des écrevisses...

René

Et une belle pièce montée...

René revoit en pensée ce souvenir de fête. Céleste attrape la main calleuse de son vieux voisin et la pose sur son ventre. Le ventre de Céleste réagit. René, interrogatif, laisse sa main, sans bien comprendre.

Céleste

Tu sens rien ?  

René hausse les épaules.

René

Qu’est-ce t’as donc avalé ?

Céleste sourit, un peu tristement, de sa naïveté.

 

18. ETABLE. INTERIEUR NUIT.

Céleste, le pull relevé, se fait lécher le ventre par sa vache douce et maternelle, la “ J’AIME CELESTE ”. Céleste ferme les yeux.  

 

19. CHAMBRE. INTERIEUR LEVER DE JOUR.

Avec de vieux morceaux de tissus cousus ensemble, Céleste se bande le ventre, se le corsette, se le serre, il a grossit. Céleste a changé, elle semble plus remplie et ses cheveux lui tombent dans les yeux.

Céleste ouvre son volet. Dehors, l'automne s'est installé.

 

20.  SALON. INTERIEUR JOUR.

La factrice regarde amusée le meuble-vitrine du père. Il la regarde, il est fier de son œuvre. Elle lit les étiquettes : “ METAUX SUREMENT PAS TRÈS PRÉCIEUX ”, “ PIECES QUI VALENT PLUS RIEN ”, “ CAPSULES D’ORANGINA”, “ BIERE 1664 ”, “ COCA COLA ”, “ KRONENBOURG ”, “ CHOUEPSS ”. Elle rit.  

21. PRAIRIE. EXTERIEUR JOUR.

Céleste parmi son troupeau qui paisse dans la prairie. Elle les appelle doucement :"viens, viens, viens", un appel régulier que les vaches reconnaissent. Elles viennent, dociles et confiantes. La première vache arrive à son niveau, celle portant le fameux “ J’AIME CELESTE ”. Céleste l'attrape par l'encolure et y fourre son visage malheureux.  

  Céleste (voix intérieure)

Chers amis détecteurs,

Vous n’avez pas encore répondu à ma première lettre. Vous ne l’avez peut-être pas reçue car le courrier chez moi ne marche pas très très bien. Existe-t-il un appareil qui permette aux autres de détecter l’enfant que j’ai dans le ventre ? Car c’est plus fort que moi, je ne peux pas l’avouer parce que je suis fière et maladroite, et bête aussi des fois. Et pourtant, j’ai des choses, des mots, qui tournent dans ma tête comme des coups de vent et qui veulent pas sortir et qui me rendent sourde tellement ils sont bruyants. J’espère que cet appareil est puissant car mon secret est rusé et ma tête est compliquée.

J’espère que vous me répondrez vite.

Céleste Roussel

Mongreleix

22. SALON. INTERIEUR JOUR.

La jeune factrice, assise à l’extrémité du banc de la cuisine, retire sa veste, sa chemise, son soutien-gorge. Le père de Céleste, assis à l’autre extrémité, la regarde, surpris, heureux. La factrice a envie de rire. Il est  ému. La factrice semble attendre sa réaction, mais il reste impassible, tétanisé par leur audace.  

23. COUR RENE. EXTERIEUR JOUR.

 

René, dans sa cour de ferme vieillissante, tient entre ses mains la dernière dent qui lui restait.

24. TOURBIERE. EXTERIEUR JOUR.

 

Dans une petite barque, Céleste avance sur l’eau de la tourbière. Céleste passe son détecteur au raz du courant.

Le corps de René a été ramené sur la rive, deux pompiers sont arrivés et s'apprêtent à l'emmener. Céleste, assise et trempée, garde René dans ses bras, elle tremble. Un jeune pompier lui pose sur les épaules une couverture. Il attend. Il remarque le détecteur de Céleste à ses côtés. Il l'interroge du regard. Céleste fouille dans les poches de la combinaison de René et en sort une petite dizaine de dents métalliaques déchaussées et les montre au jeune pompier qui les regarde, ému  par ce mystère de l’âme humaine.

 

25. PRAIRIE. EXTERIEUR FIN DE JOUR.

Céleste avance dans sa prairie, des cloches de vaches autour de son cou et de ses bras. Elle les secoue, les cloches résonnent dans la montagne. Céleste est comme perdue.

26. AUTOROUTE. EXTERIEUR NUIT.

Céleste conduit sa bétaillère sur une route longue et étrangère, elle s’endort au volant de son véhicule poussif.

27. BUREAU DE POSTES. INTERIEUR JOUR.

 

Il y a la queue dans l’agence. Céleste prend son tour. À l’un des guichets, elle reconnaît celui qu’elle cherchait, l’amant, le facteur muté ici loin d’elle et de sa montagne. Il ne la voit pas, elle se cache derrière les autres clients. Elle le voit rire avec une jeune collègue. Céleste sort de sa poche son petit miroir, un vieux stylo et se barbouille de noir une incisive.

La queue diminue. Ça y est, c’est au tour de Céleste. Elle se présente devant le guichet de l’amant retrouvé. Il a un peu changé. Un peu vieilli peut-être, un peu rapetissé.

Il la voit. Il sursaute sur son siège rembouré. Il ne peut tout de même pas s’échapper. On le regarde. Il avale sa salive. Dans son regard apeuré, une culpabilité mal assumée. Céleste est à son niveau.

Le facteur  

Céleste ! qu’est-ce que tu veux ?

Céleste hôche la tête. et sourit de son sourire nouvellement édenté. Il est surpris.

Le facteur

Qu’est-ce que tu veux ?

Céleste ne répond toujours pas. Elle hôche la tête de l’autre coté et le regarde au plus profond de son être. La collègue rieuse passe par là et regarde cette drôle de cliente. La gêne du facteur est visible. La collègue vient à son secours.

L’employée des Postes

Madame, on peut vous aider ?