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photo © Dominique Hasselmann
Pour la saison 2003-2004, nous avons demandé à l'écrivain Dominique Dussidour de composer des affiches-textes. De novembre 2003 à mai 2004, elle a écrit " Six affiches arrachées à l'amour du cinématographe "
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Dominique Dussidour vit à Paris. Elle a plublié deux romans chez Zulma. Elle a aussi traduit LÉtreinte du soldat de Nadine Gordimer chez Christian Bourgois, en collaboration avec Julie Damour, et collaboré avec Colette Deblé pour le Journal de Constance (1997). Elle est membre du comité de rédaction de remue.net. Dominique Dussidour mène actuellement un atelier d'écriture à Charleville-Mézières dont elle rend compte sur le site remue.net
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Les liens ci-après vous guideront vers trois textes de Dominique Dussidour - Traverser la forêt des romanesques contraintes - Les couteaux offerts (éditions du rocher, 2003) : en ligne les premières pages du roman - Souvenir de Charleville-Mézières : Arthur Rimbaud et le Medef
Les oeuvres éditées de Dominique Dussidour: - Portrait de l'artiste en jeune femme , roman, Grasset, 1988. - Les mots de l'amour , roman, Grasset, 1991. - Histoire de Rocky R. et de Mina , roman, Zulma, 1996. - Journal de la grossesse de Constance, femme du duc et fille de Durcet , avec 30 dessins de Colette Deblé, Zulma, 1997. - Bleu palémoine , avec 3 photos d'Alain Fonteray, éd Les ennemis de Paterne Berrichon, 1997. - L'Alouette Lulu , roman, Editions des Syrtes, 2000. - Desseins de la nuit , livre d'artiste, avec huit dessins originaux de Colette Deblé, Peauésie de l'Adour, 2000 . - Les matins bleus , roman, La table ronde, 2002.
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Affiche novembre 2003 |
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| Et
le cinéma créa des mondes Soudain le chaos - on na que le temps de sauter dans la séquence quon tourne et sy accrocher dur comme fer chacun va et vient dans la chute où il reprend ses esprits (cest une image) la scène quil a récupérée cahin-caha - à trébucher dans son rectangle translucide à dériver dans son travelling lumineux y croisant ceux de léquipe technique [le monde davant le monde jy crois pas cest trop beau pour être vrai on rigolait encore la veille sous le parasol jaune et bleu du chef op en buvant de la tequila un story-board de six plans-séquences de vingt-quatre heures cest épatant qui la écrit ah ça et bientôt le labo et la quille-sur-mer ah ah ah quand le voilà : le chaos] abasourdis désuvrés contreplongés désemparés sans ses bobines et ses manivelles les incrédules tentent de reconstituer le scénario les téméraires escaladent les dentelures latérales se hissent dun plan à lautre déchirent la bande-son la rafistolent avec de la salive et déclenchent le khamsin les tohu-bohus de Bassan les fous et les alligators et le moteur de la caméra qui |
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Affiche décembre 2003 |
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| Et
le cinéma raconta des histoires tu poses la caméra sur ton épaule comme loiseau prémonitoire sur lépaule du magicien et tu pars tu repères une image qui senfuit là-bas tu cours tu inaugures le ciel tu inaugures le visage tu inaugures la route tu racontes lhistoire dun oignon rouge tu racontes lhistoire dune carcasse de poulet tu racontes lhistoire dune ride tu racontes lhistoire de lérable en équilibre sur laiguille de la brodeuse tu déposes une pellicule dargent sur les aubes et sur les crépuscules tu cadres les insistances et les circonstances de la nuit tu enregistres les échecs du silence tu racontes les images de ce qui est sans |
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Affiche janvier 2004 |
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| Et
le cinéma dialogua nos amours ne me regarde pas regarde lécran la salle obscure est à nos amours comme les bulles sont au chewing-gum regarde lécran et tu entendras claquer mes hauts talons et crisser le satin de ma robe de bal la v.o. secrète qui murmurent les non jamais je ne pourrai vivre sans toi éternels regarde lécran et tu verras mes yeux briller mon cur est un ticket jaune déchiré mon cur est un entracte blanc mon cur est un pétale de gardenia regarde lécran et tu verras mes mains trembler je croque la carapace de mes je taime à la menthe et les étire entre deux doigts jusquà ta bouche regarde lécran et tu verras mes lèvres frissonner sous les gouttes ensoleillées de la pluie au cinéma je chante en vrai au cinéma je danse en vrai au cinéma je taime en vrai regarde lécran et tu liras les lettres damour que je técris chaque jour la séance de minuit est le technicouleur doù jenvoie vers tes rêves des flèches dor et des septièmes dart regarde lécran et tu verras que je tattends nue sous les projecteurs mon cur élastique bave à la poupe du générique |
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Affiche mars 2004 |
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Et le cinéma
entra dans les salles obscures de la poésie |
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Affiche avril 2004 |
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| Et
le cinéma, extérieurs nuit de l'action absente la pellicule est vierge et tu ignores encore ce qui va l'impressionner, rades borgnes illuminés par l'alcool, lointaines missilences, cardiogrammes de la forêt primaire, sombres passages soulignés, trains bleutés, vapeurs d'essence ou de percolateur, expectatives, blessures du crime tu poses ton rêve sur un banc, jardin public par exemple, tu l'oublies, tu poses ton rêve sur une table, café inouï par exemple, tu l'oublies, tu te mêles à la foule des acrobates, des impatients, des jongleurs, des décrivants, des chiens et des tigres de l'amour tu t'oublies tu es de retour cent ans plus tôt tu visionnes les instants tu applaudis les sels d'argent tu repars tu es de retour cent ans plus tard aujourd'hui ou demain le temps se propose à toi, à vous en pagailles de secondes et en cavalcades de siècles servez-vous dis-tu il y en a pour tout le monde, des courts-circuits et des longs-termes, des tourbillons, des fulgurances, des dislocations et des démences, des déchirures, le pointillé des présences et les contours de la séquence, actions qui tournent dans la roue crantée de la caméra qui enregistre registre registre |
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Affiche mai 2004 |
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| Et
le cinéma, prose des images, poésie en partage mesdames et messieurs on l'a lu ensemble, noir sur blanc, un livre de poche qu'on a dû perdre un été de bronzage sur la plage de sable noir d'Ostie, c'est quand Pier Paolo Pasolini distingue le cinéma de prose et le cinéma de poésie, comme vous j'aime cette distinction des belles images dont nos histoires ont soif, j'aime la distinction de Pier Paolo Pasolini mesdames et messieurs on l'a vu ensemble, cette année et on le reverra, c'est quand on entre dans une salle obscure afin d'y voir plus clair sur le monde et sur nous qu'à la lumière de cette transparence du dehors qui assassine les poètes et les prosateurs mesdames et messieurs c'est quand on peut enfin relever les paupières et ouvrir les yeux afin de laisser apparaître la prose du monde et la poésie du monde, rêves visages soleils, trains usines machines, corps gestes voix, villes trottoirs prisons, cerisiers collines rivières, je veux dire la prose du cinéma et la poésie du cinéma où on y voit clair où on y entend clair où on y comprend clair pourquoi en nous résonnent les images qui nous sont nécessaires à partager avant de quitter seul la salle obscure à la fin du film |
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