Avril 2003, rencontre d'une Malgache qui a ŽtŽ victime d'esclavage moderne.

Je suis dans le bus, elle parle de trois annŽes de dŽtention pendant lesquelles elle a subi angoisse et sŽvices. Je finis par l'aborder et lui proposer de faire un film basŽ sur son tŽmoignage. Elle accepte.

Pendant deux mois, je prŽpare le projet avec l'accord de mon producteur Jean-Christophe Soulageon des Films Sauvage .

Au moment du tournage, la femme a disparu, elle a changŽ de numŽro.

J'ai alors contactŽ le ComitŽ contre l'esclavage moderne*, ils m'ont parlŽ d'Akosse LEGBA, une jeune Togolaise, qui a le mme ‰ge que moi et un destin trs diffŽrent. Je la joins par tŽlŽphone, cette dernire accepte la proposition d'un portrait que je souhaite rŽaliser.

Je pars avec l'idŽe de faire un film qui serait avant tout basŽ sur sa voix et des photos.

Nous la rencontrons dans sa famille d'accueil en province. L'entretien dure cinq heures et se passe sur deux journŽes. Je prends des photos de son visage, des dŽtails, comme un puzzle, celui d'une mŽmoire en reconstruction.

Je repars ˆ Paris et je reste en contact avec Akosse et la famille d'accueil, je leur dis que le film sera prt dans cinq mois au plus tard.

En septembre 2003, nous organisons deux journŽes de tournage des parties filmŽes en mouvement dans l'appartement de la "CinŽfondation"*, o j'Žtais en rŽsidence pendant cinq mois. Le tournage se fait avec une grosse Žquipe, trs rapidement, nous avons peu de temps, le travail de repŽrage que j'avais fait les deux mois prŽcŽdent s'avre payant.

Jean-Christophe Soulageon organise le travail avec ses fonds propres, il rŽussit ˆ avoir un peu de financement de la Procirep*.

On a des plans d'un appartement vide, mais quelque chose d'autre en Žmane.

Pascal LAGRIFFOUL a fait un travail remarquable, au-delˆ des images filmŽes, il s'est beaucoup investi personnellement dans le projet, comme la plupart des techniciens, qui sont touchŽs par l'histoire d'Akosse LEGBA.

On fait le tŽlŽcinŽma* des rushes* 35mm. Un mois plus tard, je vois les images,

j'en suis content ; on se rendra compte, bien aprs, que le report n'Žtait pas aussi bon techniquement qu'il aurait dž l'tre. On tra”nera ce problme jusqu'ˆ la fin, cela altre un peu le film, mais c'est une bonne leon pour la suite.

En novembre 2003, toujours pas de financement, le CNC* ne retient pas notre dossier pour l'Aide ˆ l'Žcriture documentaire.

On continue, je monte l'interview, travail trs laborieux pour conserver la teneur de la rencontre, les silences, la musique de la voix et les faits dans leur chronologie.

Le monteur son, Alexandre HECKER, est contactŽ fin dŽcembre, on lui donne tous les ŽlŽments sonores pour la post-synchro des images filmŽes dans l'appartement. Le travail est trs long.

Fin janvier, on a toujours pas d'argent, le voyage au Togo, indispensable au rŽcit, semble compromis.

Finalement, lors de la Berlinale*, o je suis invitŽ ˆ prŽsenter un projet de long-mŽtrage devant un public, je reois un prix et de l'argent.

Je finance le voyage au Togo pour moi et mon ingŽnieur son, Brice CAVALLERO.

On trouve des contacts pour tre logŽ sur place et finalement, fin mars 2004, nous partons pour LomŽ et le village d'Akosse Legba.

Nous passons une semaine dans le pays pour prendre des photos, et surtout du son. Du  son direct  et pas des bruits puisŽs dans des banques de sons "style Afrique". C'est une vraie diffŽrence et une des richesses du film, prendre les sons d'o ils viennent lorsqu'on le peut.

peine arrivŽ ˆ Paris, je dois repartir ˆ Buenos-Aires pour rŽaliser le Making-off* du dernier film d'un ami rŽalisateur Argentin, Santiago LOZA.

Cela me permet de prendre du recul sur La femme seule .

En mai, j'attaque le montage image et son, seul.

Juin 2004, je rencontre Catherine MANTION, monteuse, qui apporte un regard neuf et fŽminin. Elle permet de maintenir la rigueur de la relation  photos-images en mouvement  pour le montage final.

CFI (Canal France International) croit au projet et met de l'argent dans le film, on peut faire un montage dans des conditions un peu plus sereines.

Ma faon de travailler exige une souplesse dans le montage son et image, des allers-retours constants qui ne facilitent pas la t‰che mais qui permettent de dŽfinir au plus juste le lien Žtroit entre le tŽmoignage parlŽ et sa reprŽsentation.

Le montage s'arrte, reprend, s'arrte et reprend pendant deux mois, avec des cessions de montage dans les cafŽs, gr‰ce au portable de Catherine. Je viens avec les ŽlŽments que j'ai montŽs chez moi, stockŽs sur mon disque dur et nous confrontons les recherches. Une mŽthode nomade de travail, l'idŽe me pla”t mme s'il faut la peaufiner et l'amŽliorer, car cela peut-tre un handicap.

Le festival de Lussas souhaite voir le film, le montage est presque fini, mais il n'est ni mixŽ*, ni ŽtalonnŽ*. On envoie le film, il est sŽlectionnŽ.

En aožt, Catherine et moi partons ˆ Lussas pour voir le film et savoir si le public est rŽceptif ˆ la narration filmique que nous avons crŽŽe. Pendant le dŽbat aprs la projection, les rŽactions du public sont positives : il a ŽtŽ touchŽ par le tŽmoignage et par l'utilisation des photos et les partis pris esthŽtiques trs affirmŽs. On se dit que l'on peut arrter le montage.

Un mois aprs, nous terminons le travail de peaufinage. Nous mixons avec le monteur son et CŽdric LIONNET, un mixage ultra-rapide, mais ultra-prŽcis.

Le film est enfin prt, Arte le voit et l'achte.

On est en octobre 2004. Il s'agit d'une version vidŽo, on a toujours pas de version cinŽma 35mm.

On envoie le film ˆ des festivals. Clermont-Ferrand le sŽlectionne. On recevra un prix, ds lors les choses s'accŽlrent et nous finissons par tirer une copie-film de La femme seule , j'avais les bobines, dans les bras, il y a trois jours, vendredi dernier.

Pour moi, le film est vraiment terminŽ, nous sommes en Avril 2005.

Entre-temps, Akosse LEGBA a vu le film, elle l'a aimŽ. Sa situation s'est rŽgularisŽe et elle attend de retourner voir sa famille au Togo, lorsque la situation politique se sera stabilisŽe lˆ-bas.

Deux ans pour faire ce film, c'est le prix ˆ payer pour tre libre dans sa faon de raconter une histoire, lorsqu'on emprunte des chemins inhabituels et que l'on traite de sujet ˆ priori peu "intŽressant pour le public".

On l'a fait, au maximum de ce que l'on pouvait fournir et de ce que l'on avait, c'est la satisfaction de ce film, tŽmoigner cožte que cožte.

Brahim FRITAH, Avril 2005.

 

 

ComitŽ contre l'esclavage moderne :

FondŽ en 1994 par Dominique Torrs, journaliste, le ComitŽ Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) a pour objectif premier de lutter contre toutes formes de servitude, d'assister, et de libŽrer s'il y a lieu, les victimes de l'esclavage. Depuis sa crŽation, le CCEM a portŽ secours en France ˆ plus de quatre cents victimes de l'esclavage domestique. chacune, nous proposons un accompagnement

juridique (procŽdures pŽnales, prud'homales et civiles, recours devant le CEDH),

social (hŽbergement, suivi mŽdico-psychologique et accompagnement socio-Žducatif), administratif (dŽmarches auprs des organismes publics).

Le CCEM s'appuie sur un petit nombre de permanents et sur un rŽseau d'environ 80 bŽnŽvoles : familles d'accueil, avocats, psychologues, traducteurs, mŽdecins, Žtudiants ou retraitŽs, tous motivŽs par un profond attachement aux droits humains fondamentaux.

CCEM - 31, rue des lilas - 75019 PARIS TŽl : 01.44.52.88.90 - Fax : 01.44.52.89.09

infoccem@wanadoo.fr

www.esclavagemoderne.org

 

CinŽfondation  : DŽpendant du Festival de Cannes, la CinŽfondation , crŽŽe en 1998, est dŽvolue ˆ la recherche de nouveaux talents cinŽmatographiques. Elle prŽsente chaque annŽe une quinzaine de courts et moyens-mŽtrages d'Žcoles de cinŽma du monde entier, dans le cadre de la sŽlection officielle.

RŽsidence du Festival ˆ Paris : La RŽsidence du Festival de Cannes accueille ˆ Paris chaque annŽe de jeunes rŽalisateurs qui travaillent sur leur projet de premier ou deuxime long-mŽtrage pour une pŽriode de 4 mois et demi.

www.festival-cannes.fr/cinefondation/

 

Procirep  : Aide ˆ l'Žcriture et au dŽveloppement de fictions tŽlŽvisuelles et de programmes d'animation attribuŽe aux sociŽtŽs de production sous forme de subvention accordŽe par une commission qui se rŽunit tous les trimestres.

TŽlŽcinŽma  : Tansfert d'une image pellicule en vidŽo.

Rushes  : ensemble des plans tournŽs permettant de sŽlectionner des prises de vue avant le montage.

CNC  : Centre National de la CinŽmatographie. CrŽŽ par la loi du 25 octobre 1946, le Centre national de la cinŽmatographie (CNC) est un Žtablissement public ˆ caractre administratif, dotŽ de la personnalitŽ juridique et de l'autonomie financire. Il est placŽ sous l'autoritŽ du ministre de la Culture et de la Communication, sa directrice gŽnŽrale est Catherine Colonna.

  Les missions principales du CNC sont :

¥      la rŽglementation,

¥      le soutien ˆ l'Žconomie du cinŽma, de l'audiovisuel et du multimŽdia,

¥      la promotion du cinŽma et de l'audiovisuel et leur diffusion auprs de tous les publics,

¥      la   protection et la diffusion du patrimoine cinŽmatographique.

www.cnc.fr

 

Making-off  : reportage sur la fabrication d'un film. Sert de complŽment de programme dans les dvd des longs-mŽtrages.

Berlinale  : Festival International du Film de Berlin crŽŽ en 1951.

www.berlinale.de

 

Mixage  : Action permettant de mŽlanger les diffŽrentes sources sonores d'un film en fonction des choix dramaturgiques du rŽalisateur. Cette opŽration s'effectue avec le monteur son et le mixeur.

ƒtalonnage  : Action permettant d'assurer l'unitŽ photographique d'un film en fonction des choix des choix dramaturgiques du rŽalisateur. Cette opŽration s'effectue avec le directeur de la photographie et l'Žtalonneur.